Retraités à 55 ans

Ce 1er novembre 2026, jour de la Toussaint, est l’anniversaire de mon frère Jocelyn. Il a 55 ans aujourd’hui et Toussaint est son deuxième prénom. Lorsqu’il est venu au monde à Dakar, alors que j’étais un tout jeune universitaire à Abidjan, je m’apprêtais à revenir en urgence au Sénégal, alerté par la situation familiale critique que me décrivait ma grande-sœur Edwige dans une de ses dernières lettres. Sans crier gare, notre père s’en était retourné au Dahomey d’alors et notre mère se débattait, seule, dans des difficultés matérielles insurmontables : rentrée scolaire compliquée à assumer au niveau des frais multiples et, surtout, menace d’expulsion à cause des impayés du crédit de la maison. Sans me hausser du col, je peux dire que la naissance de Jocelyn, ce onzième enfant dont notre mère a accouché à 41 ans passés, a été la raison majeure qui m’a conduit à travailler à l’âge de dix-huit ans et demi, mettant provisoirement mes études et mon avenir entre parenthèses. Mais je ne regrette rien.

Je ne regrette rien car, en dépit des aléas de la vie, chacun des enfants de ma mère a réussi à faire son chemin. Jocelyn, le dernier de ces onze enfants dont neuf sont encore vivants, est l’illustration parfaite de cette réussite. Depuis l’an 2000 où il a émigré aux États-Unis, il vit dans le Maryland, est fonctionnaire de l’office fédéral des postes, possède sa propre maison et,  surtout, a fondé à son tour une belle famille. Alors que nous étions tous deux en poste à l’ambassade de France en Jamaïque, Soad et moi avons répondu présent à son mariage avec Mylène Basse, à Baltimore, en mai 2003. J’ai retrouvé récemment dans mes archives une lettre de cette époque dans laquelle ma mère nous remercie chaudement d’avoir eu à son égard ce geste fraternel. J’en viens à présent au sujet qui motive le présent billet.

Les 55 ans qu’atteint aujourd’hui Jocelyn m’ont fait penser que c’est au même âge que notre mère Véronique, notre sœur aînée Pulchérie et moi-même avons pris notre retraite.

Institutrice d’école primaire, notre mère a été admise à la retraite en 1985 après avoir enseigné avec vaillance à Douala (Cameroun), puis à Dakar (Sénégal). C’est à Dakar qu’elle est décédée le 27 novembre 2016, à l’âge de 86 ans. L’enseignement, quel beau métier ! N’est-ce pas le sésame pour l’éveil des esprits et la porte d’entrée à toute forme de culture ?

Notre sœur Pulchérie, la première d’entre nous, née à Ouidah (Dahomey) en 1948 alors que notre mère venait tout juste d’avoir 18 ans, est morte au Bénin en 2013 à la veille de son 65e anniversaire. Elle a été aussi la première à quitter le cocon familial, en 1968, afin d’aller suivre des études d’infirmière à Bordeaux. Elle aura exercé avec constance son office à l’hôpital Pellegrin de la capitale girondine avant de pouvoir bénéficier d’une retraite méritée en 2003. Infirmière ? Egalement un beau métier, consacré à la santé et au soin des personnes !

Entré dans la police en 1979 comme secrétaire administratif, votre humble serviteur a pu prétendre à la retraite, en 2008, avec le grade de commandant. La Police ? Encore un beau métier, dédié au maintien de l’ordre et à la sécurité des citoyens ! Pendant quasiment trente années, j’ai eu plaisir à l’exercer avec honneur en France comme à l’étranger, notamment au Venezuela, en Equateur, en Jamaïque et en Centrafrique. La vérité m’oblige néanmoins à confesser que, au vu de la dégradation de la situation sociale et de la perte des valeur civiques en France, je n’aimerais pas me trouver à la place des collègues qui font ce dur métier aujourd’hui, avec une retraite dont il est de plus en plus question de repousser l’âge, contingences démographiques et réalités économiques obligent. N’ayant pas de solutions-miracle à proposer aux problèmes de l’heure, je me contenterai donc de souhaiter un joyeux anniversaire à Jocelyn en ce jour béni.

Happy birthday, bro!

Pont-Croix, 1er novembre 2026