L’Ile de Sein et l’Appel

Il s’agit bien évidemment de l’Appel du 18 juin 1940 lancé, depuis Londres, par le Général de Gaulle. 128 marins de l’Ile de Sein y ont spontanément répondu, s’embarquant à bord de leurs bateaux de pêche, lorsque cet appel a été rediffusé le 22 juin 1940 à la BBC, grâce à l’information communiquée par un gardien du phare Ar-Men. Parmi eux figurait un adolescent qui s’était caché et qui n’avait que 14 ans alors. Son nom : Louis Fouquet ! D’après les vérifications que j’ai effectuées, il est bien né le 1er janvier 1926 dans l’île et il décédé, à l’âge de 92 ans, le 10 octobre 2018 à Brest. A cause de cet engagement héroïque, le 1er janvier 1946, la Croix de la Libération a été attribuée à l’Ile de Sein pour le motif suivant : « Devant l’invasion ennemie, s’est refusée à abandonner le champ de bataille qui était le sien : la mer. A envoyé tous ses enfants au combat sous le pavillon de la France Libre devenant ainsi l’exemple et le symbole de la Bretagne toute entière. »

Je réside dans le Cap Sizun depuis dix-sept déjà, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’assister à la commémoration de cet appel dans l’île. Me retrouvant seul à Pont-Croix en ce mois de juin, j’ai décidé de m’y rendre. L’hôtel « Ar-Men » où Soad et moi avons coutume de descendre étant complet en la période, j’ai déniché, par Airbnb,  une charmante petite maison de pêcheur sise au numéro 4 de la rue Paul Goardon1, presqu’à l’extrémité sud du quai des Français Libres : tout un programme ! Ce logement, où je n’ai passé que la nuit du 18 au 19 juin, a correspondu en tous points à mes attentes. Les messages échangés avec Adeline, la propriétaire, ont été également très sympathiques et surtout fort utiles.

Arrivé le 18 juin par la navette de 10h, après avoir pris possession de ma location, j’ai eu le temps d’être sur les lieux de la célébration avant que la cérémonie ne démarre à 11h30. J’ai été surpris par la foule qui était assez clairsemée. Hormis quelques élus locaux, dont les trois adjoints du maire de l’île2  et Didier Guillon3 qui fut maire d’Esquibien de 2007 à 2020, il n’y eut pas d’officiels en provenance de Paris ou de Quimper. Tout un chacun se souvient de la façon dont le président François Hollande avait prononcé son discours sous une pluie battante, le 25 août 2014, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération de la France. Le 18 juin 2024, c’était au tour du président Emmanuel Macron de faire le déplacement dans l’île pour le 80e anniversaire de la Libération. En 2025, c’était au tour du nouveau préfet du Finistère, M. Louis Le Franc, de rendre un vibrant hommage aux « 128 Sénans, âmes de la France ». Un essai d’explication qui m’a été fourni par François Spinec, ancien patron pêcheur de 80 ans rencontré sur le petit sentier conduisant au monument des Français Libres érigé à la gloire des héros sénans : 82 ans près les faits, il n’y a plus beaucoup de survivants de cette époque pour entretenir la flamme, même si l’on continue d’enseigner l’histoire aux enfants des écoles.

La cérémonie a été dirigée par Corinne Madec, adjoint au maire. Sa collègue, Catherine Beurel-Vierron, a lu une lettre très émouvante d’une enfant de de l’ile, lettre adressée à son père dont elle espérait anxieusement le retour. A l’issue de la commémoration, un vin d’honneur a été offert à l’ensemble des participants au Musée « Abri du Marin » situé quai des Paimpolais. J’y ai retrouvé Pierre Oppici, un ancien collègue du Service de Coopération Technique Internationale de Police (SCTIP) du temps où j’y travaillais à Nanterre (1996-1998). Il vit désormais à Poulgoazec, commune de Plouhinec.  Nous nous étions vus sur le site de la cérémonie et nous sommes même dit bonjour, mais sans nous reconnaître. A cause de son bérêt, je lui ai demandé s’il avait été marin pêcheur, ce à quoi il avait répondu, en souriant, par la négative. Lui m’avouera qu’il m’avait pris pour un de ces prêtres africains qui viennent désormais au secours des communautés paroissiales de France, y compris en Finistère. C’est en buvant un coup ensemble que la mémoire nous est finalement revenue. Cest surtout la preuve que, après toutes ces années, lui comme moi avons physiquement bien changé !

Pont-Croix, 22 juin 2026

   

 

 


1. Paul Goardon a été le deuxième maire de l’Ile de Sein. Il fut en fonction pendant vingt-et-un ans, de 1813 à 1834.

2. Didier Fouquet, réelu pour un deuxième mandat lors du conseil municipaol d’installation du 20 mars 2026, était absent.

3. Il est également le vice-président chargé du logement et de l’habitat au Conseil départemental du Finistère.