
Soad m’a communiqué ce matin un article de « www.rfi.fr » qui signale le rapatriement de quelque 300 Ghanéens d’Afrique du Sud, en corrélation étroite avec la montée des discours xénophobes et la multiplication de manifestations, parfois violentes, contre les étrangers issus d’autres pays d’Afrique noire. Le mythe de la nation arc-en-ciel, tant vantée depuis l’accession de Nelson Mandela au pouvoir le 9 mai 1994, semble prendre subitement du plomb dans l’aile.
En poste à l’ambassade de France à Kingston, j’avais eu l’occasion de rencontrer Thabo Mbeki, son successeur, à l’occasion d’une réception organisée, vers la fin du mois de juin 2003, à la résidence de l’ambassadeur de la République d’Afrique du Sud en Jamaïque. Thabo Mbeki était alors également le président en exercice de l’Union africaine. Où est-elle cette fameuse union aujourd’hui où, selon la formule de Frantz Fanon, l’ennemi du nègre n’est plus le blanc, mais son propre congénère ?
Toujours à l’époque où je servais en Jamaïque, je me rendais chaque week-end à La Havane pour y retrouver Soad ; cela a duré quatorze longs mois avant qu’elle puisse me rejoindre à Kingston, en octobre 2002, lorsque le poste de consul s’est libéré. C’est à l’occasion d’un de ces retours à bord d’un vol de Air Jamaica Express que j’ai fait la connaissance d’un couple de Sud-africains. Lui était blanc et elle était métisse. Alors que je les interrogeais sur l’évolution de la situation politique et sociale dans leur pays depuis l’avènement de l’African National Congress (ANC) au pouvoir, leur réponse a été unanime : la situation s’est inversée ; les opprimés d’hier sont devenus les oppresseurs d’aujourd’hui. La jeune femme, qui était réellement de toute beauté, m’a même confié que c’était non seulement son mari qui était victime de mauvais traitements à cause de la blancheur de sa peau, mais qu’elle aussi était constamment l’objet de vexations ; en tant que métisse, on lui reprochait vertement d’avoir épousé un blanc et non un noir ! Ce témoignage, dont je ne pouvais douter un seul instant de la sincérité, m’avait déjà convaincu que ce n’était pas demain que mes pas me conduiraient en Afrique du Sud. Et, de toute évidence, les choses ne sont pas allées en s’arrangeant. Depuis, on rapporte ici et là que des étrangers noirs, même en situation régulière et ayant une activité déclarée, sont victimes de violences qui poussent bon nombre d’entre eux à s’enfuir afin de sauver leurs vies.
Je persiste et signe : le vrai pays restera toujours celui où l’on a la paix. Tout le reste n’est que littérature.
Plaisir, 28 mai 2026