Pont-Croix, c’est mon choix !

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Pont-Croix, c’est mon choix !

 

         Contrairement à beaucoup de gens, j’ai toujours été convaincu que rien ne se fait par hasard : la famille dont on est issu, l’endroit où l’on est né, les personnes que l’on rencontre dans sa vie, le cours que peut prendre cette même vie alors que, à l’origine, on pensait la vivre différemment… Rien ne se fait par hasard !

         La première fois que Soad et moi avons visité cette maison de Pont-Croix d’où j’écris le présent post, je dois avouer que ce ne fut pas, d’entrée, le coup de foudre. Dans l’intervalle, nous en avions visité d’autres, principalement dans le Cap Sizun, mais également dans d’autres communes du sud-Finistère. Au bout de quinze jours de recherches infructueuses, j’avais fini par jeter mon dévolu sur une maison qui venait d’être refaite à neuf dans un lotissement de Pont-l’Abbé. J’avais même pris rendez-vous pour le lendemain matin avec l’agent immobilier en charge afin de signer le compromis de vente. En rentrant le soir à notre hôtel de Quimper, nous avons reçu un appel de Pont-Croix nous informant que la propriétaire de l’immeuble de la rue des Partisans était prête à en baisser le prix pour que nous puissions faire affaire. Soad m’a dit que cette nuit-là, dans mon sommeil, je n’avais pas arrêté de gigoter comme une puce : Pont-Croix m’habitait déjà ! Au matin, ma décision était prise : je voulais revoir la maison ! J’ai donc appelé l’agence de Pont-l’Abbé pour annuler notre rendez-vous et nous sommes revenus, ventre à terre, à Pont-Croix. C’était en février 2009. Trois mois plus tard, le temps de procéder aux différents contrôles désormais exigés par la loi quant à la salubrité de l’édifice, je signais l’acte de vente devant notaire et je devenais le légitime propriétaire des lieux. Pont-Croix, c’est mon choix !

         Le bâtiment principal date de 1849 et, comme la plupart des maisons de la rue des Partisans, il possède des proportions irrégulières. Ce n’est point la peine de se fatiguer à chercher un mur droit ou un plancher qui soit réellement de niveau. Tout y est un peu bancal, un peu à l’image de ma propre vie. Mais j’ai tout de suite aimé ces irrégularités, ces rugosités. On sent la main de toutes les personnes qui y ont vécu, de l’escalier qui craque aux carreaux de céramique disjoints. Lorsque je suis dans mon bureau sis au second étage et qui dispose d’une vue imprenable sur le Goyen, j’ai l’impression d’être dans la dunette d’un navire. Cette partie de la rivière qui se jette dans la mer, cinq kilomètres plus loin, à Audierne, est en réalité une ria ; elle est donc sensible au phénomène des marées et offre à ma vue un paysage toujours changeant.

         Je suis aussi tombé amoureux du jardin qui est ceint par de hauts murs de granit ; j’ai ainsi le sentiment d’y être toujours bien à l’abri. Il est agrémenté de beaux massifs d’hortensias et de camélias. Depuis, j’y ai planté moi-même un pied de vigne qui a déjà un peu produit, ainsi qu’un prunier et des poiriers en espaliers. Dans le petit bâtiment qui me sert de garage, l’ancienne propriétaire avait son atelier de céramique et exposait ses créations. J’ai appris par ma bonne voisine et amie, Agnès Griffon, qu’un menuisier y fabriquait même, avant-guerre,  des cercueils. Agnès m’a confié aussi qu’on tenait café dans la pièce qui est aujourd’hui mon salon. Cette noble dame, qui va sur ses 97 ans, est la mémoire vive du bourg.

         Car, Pont-Croix, c’est aussi ses gens. Au travers de mes lectures d’enfance, alors que je grandissais en Afrique et que je ne connaissais pas encore la France, j’avais été fasciné par cette région de Bretagne grâce à la lecture d’un ouvrage, « Un recteur de l’Ile de Sein » d’Henri Queffélec (1).  J’avais été particulièrement frappé par les conditions de vie austères de ce peuple de marins profondément religieux. Même si les choses ont passablement changé depuis le 17ème siècle, époque du récit, je ne pouvais décemment pas imposer à Soad les rigueurs de ce dicton qui sévit à propos des îles de la Mer d’Iroise :

« Qui voit Molène voit sa peine,

   Qui voit Ouessant voit son sang

   Qui voit Sein voit sa fin. »

         Pont-Croix a été mon choix, à l’origine ; il est aujourd’hui un bon compromis qui nous change régulièrement de la vie dans notre habitat urbain de Plaisir, en région parisienne. Ce mélange harmonieux de mer et de campagne que nous y trouvons est l’occasion de belles balades. L’été, nous recevons régulièrement famille et amis dans notre Finistère… où tout commence !  Pour mon édification personnelle, j’y apprends tous les jours à faire mien ce proverbe breton :

« Gant pasianted ha hir amzer

   E vez graet meur a dra. »  (2)

KENAVO !

Pont-Croix, 29 mars 2013

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(1) « Beaucoup de Français ont vu le film Dieu a besoin des hommes, adapté d’un roman que j’avais écrit sous l’occupation allemande et publié au lendemain de la guerre : Un recteur de l’île de Sein. Le titre avait été suggéré à Jean Delannoy par le scénariste Jean Aurenche, qui avait dû trouver la formule chez un orateur chrétien du dix-neuvième siècle. Il m’a toujours semblé, pour différentes raisons spirituelles, excellent. Et aussi parce qu’il se rapporte à une histoire sénane … et même si l’on doit murmurer, après une visite à l’île, que Dieu a aussi besoin des femmes. » – Extrait d’un article publié en janvier 1971 dans la revue Connaissance de la Mer, reproduit dans le n° 125 (novembre 1997) de L’Echo des Iles.

(2) « Avec patience et longueur de temps sont faites maintes choses ».